Une chercheuse propose des solutions simples pour sauver les abeilles

Article Ouest-France par Léa Viret – 11/2018

Depuis quelques années, c’est l’hécatombe chez les abeilles. Or ces insectes pollinisateurs sont des espèces clés pour l’agriculture.

Pour les sauver, une chercheuse propose des actions simples et efficaces.

Les convois mortuaires d’apiculteurs avaient fait la une des médias, en juin dernier, pour alerter sur le déclin inquiétant des abeilles. Des apiculteurs bretons affirmaient avoir perdu jusqu’à 80 % de leurs ruches.

En octobre, l’Union nationale de l’apiculture française a communiqué de nouveaux chiffres qui n’augurent rien de bon : 30 % des colonies d’abeilles sont mortes au cours de l’hiver dernier en France, soit autant qu’en une année habituellement.

 

(Photo : Jean-Michel Niester / Ouest-France)

Un chiffre effrayant, qui est en grande partie expliqué par les néonicotinoïdes, ces molécules très persistantes qui s’attaquent au système nerveux des insectes. Présents dans les pesticides, les néonicotinoïdes sont interdits en France depuis le 1er septembre, mais toujours autorisés dans un grand nombre de pays.

Disparition inquiétante

Bien que tous les signaux soient au rouge, les abeilles sont-elles pour autant condamnées ? Ce n’est pas ce que pense Stefanie Christmann, chercheuse au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda).

Cette scientifique doit présenter ses travaux sur les abeilles à la Conférence des Nations Unies sur la diversité biologique, qui se tient jusqu’au 29 novembre à Charm el-Cheikh en Égypte, rapporte le journal britannique The Guardian,

Cela fait cinq ans qu’elle fait des essais d’« agriculture avec des pollinisateurs alternatifs » en Ouzbékistan et au Maroc. En quoi cela consiste-t-il ? Dans les grandes lignes, il s’agit, dans les zones agricoles, de consacrer une bande de culture sur quatre à des variétés fleuries comme les épices, les graines oléagineuses ou les plantes médicinales, afin que les pollinisateurs puissent se nourrir.

Et pour les aider pour leur nidification, la chercheuse suggère de leur fournir du vieux bois et de la terre battue, sans oublier des tournesols pour les abriter du vent.

« N’importe qui peut le faire »

Les résultats sont concluants puisque Stefanie Christmann a observé une augmentation de labondance et de la diversité des insectes pollinisateurs.

Les cultures ont été pollinisées plus efficacement, il y a eu moins de ravageurs comme les pucerons, et les rendements des agriculteurs ont augmenté en quantité et en qualité.

(Photo : Joël Le Gall / Ouest-France)

Selon la chercheuse, ce dispositif est très simple à mettre en place : « N’importe qui, même dans les pays les plus pauvres, peut le faire. Il n’y a pas d’équipement, pas de technologie, seulement un petit investissement à faire dans les semences », explique-t-elle au Guardian.

« Des actions qui ont déjà fonctionné »

L’efficacité de ces propositions est reconnue par Axel Decourtye, directeur technique de l’Institut technique et scientifique de lapiculture et de la pollinisation (ITSAP) : « Cela s’inspire d’actions qui ont déjà fonctionné dans d’autres pays. »

Sur le plan de l’alimentation, il nous explique qu’il « faut améliorer les disponibilités en ressources : les abeilles doivent avoir accès à des fleurs qui produisent du nectar et du pollen. Or, si certaines abeilles peuvent parcourir une dizaine de kilomètres, d’autres ne sont capables de se déplacer que sur quelques centaines de mètres… »

Comme les abeilles vivent plusieurs mois, il faut mettre à leur disposition des plantes fleurissant à différentes périodes de l’année. Autre contrainte : les 1 000 espèces d’abeilles qu’abrite la France ne visitent pas toutes les mêmes fleurs.

« Cela dépend de la longueur de leur langue. Certaines ne peuvent pas se nourrir avec des fleurs qui sont trop profondes. » Pour répondre à cette problématique, « il faut privilégier la diversité de la flore ».

(Photo : Thierry Creux / Ouest-France)

Du côté de la nidification, Axel Decourtye rejoint ce que propose Stefanie Christmann. Une minorité d’abeilles s’installent dans du bois mort. « Les 80 % restants sont terricoles, c’est-à-dire qu’elles font leur nid dans le sol : il faut donc que le sol soit sablonneux, meuble. »

Si l’alimentation et la nidation des abeilles étaient facilitées, « leur protection serait mieux assurée », assure Axel Decourtye.

Des zones de culture déjà utilisées

Mais le directeur technique de l’ITSAP voit des difficultés à étendre largement ces dispositifs. « Le problème, c’est que les zones de culture sont utilisées pour notre alimentation. Quel choix de culture faire, pour assurer à la fois nos besoins alimentaires et la protection de la biodiversité ? »

Si les abeilles venaient à disparaître, cela aurait de lourdes conséquences. Comme le rappelle un rapport de l’ONG Greenpeace datant de 2013, sans les insectes pollinisateurs, « notre productivité agricole serait bien moindre, et jusqu’à 75 % de nos récoltes subiraient une baisse de rendement. Il ne fait aucun doute que la plupart des cultures qui composent notre alimentation – notamment de nombreux fruits et légumes ainsi que certaines plantes fourragères utilisées pour la production de viande et de produits laitiers – seraient gravement affectées par une diminution du nombre d’insectes pollinisateurs. »

Comment aider nos Abeilles