Description du projet

Parcelle monoflorale

Les parcelles monoflorales, ou massifs monofloraux, contiennent chacune une seule espèce de plante à fleurs en abondance. Le but de cet aménagement est d’augmenter et densifier la présence de fleurs à un moment de l’année où elles sont rares et de favoriser les abeilles sauvages spécialisées.

Des fleurs pour les abeilles sauvages spécialistes

Les abeilles sauvages solitaires doivent faire des centaines d’aller-retour entre les fleurs et leur nid pour nourrir leurs larves avec du pollen et du nectar. Or, plus l’espèce est petite, moins il lui est possible de récolter ces ressources loin du nid. Les plus petites abeilles parcourent ainsi un maximum de 200 m entre le nid et les ressources florales ! Les abeilles dites généralistes peuvent butiner la majorité des fleurs se trouvant autour
de leur nid. Dans le cas des espèces spécialistes par contre, il leur faut se déplacer à la recherche de leur fleur hôte uniquement ! S’il n’y a pas assez de fleurs autour de leur nid, ou si elles sont trop dispersées, cela peut impacter négativement sur le nombre de larves ainsi que sur leur développement. En exemple, l’Anthidie à cinq dents (Anthidium manicatum) a besoin du pollen de 1000 fleurs d’épiaires pour alimenter une seule larve. Le Chelostome commun des campanules (Chelostoma rapunculi), de plus petite taille, a besoin du pollen d’une vingtaine de fleurs de campanules pour nourrir une seule de ses larves alors que le nid contient en moyenne 5 larves. Ainsi, les abeilles sauvages spécialisées sont celles qui sont les plus sensibles aux problèmes comme la disparition des ressources florales, des habitats et des sites de nidification. Elles sont majoritairement rares, en déclin ou menacées d’extinction dans nos régions.

Mise en place de parcelles monoflorales

Vous pouvez dédier dans votre terrain une ou plusieurs zones pour les parcelles monoflorales. Il peut s’agir d’une bande le long d’un mur, entre un chemin et la clôture, d’une zone bien exposée, …, que vous subdiviserez en parcelles. La taille des parcelles peut varier d’1m² à 20 ou 30m², voire plus selon vos capacités d’entretien et la surface de votre terrain ! Le nombre de parcelles peut aussi varier selon vos capacités, sachant qu’une ou deux parcelles monoflorales auront déjà un effet positif.
Il vous est conseillé de délimiter les bords de ces parcelles (par exemple des bordures en béton ou en bois) afin de faciliter leur entretien. Lors de la mise en place, vous pouvez mettre le sol à nu dans la parcelle et retirer la végétation présente. Afin de végétaliser la parcelle, vous pouvez soit semer les graines, soit repiquer de manière assez dense (un à deux pieds par mètre carré pour les grandes plantes, 5 à 10 plants par mètre carré pour les petites plantes) des plantules de la plante choisie. Veillez bien à vous fournir en semences ou plantules les plus locales possibles. Certaines jardineries spécialisées proposent de plus en plus de plantes sauvages et d’origine régionale.
Dans le cas de semis, désherbez manuellement entre vos plantes durant le début de leur croissance afin de leur permettre d’être dominants dans la parcelle. Dans le cas de repiquage, paillez entre vos plants afin de leur donner plus de chances de réussite et de limiter le travail de désherbage. Certaines plantes sont bisannuelles, c’est à dire qu’elles réalisent leur cycle en deux années et ne fleuriront que la deuxième année. Il est donc intéressant d’en replanter tous les ans afin de garantir leur floraison.

Entretenir ses parcelles monoflorales

Les massifs monofloraux demandent un entretien afin de maintenir une seule plante en abondance dans chaque parcelle.
Généralement, au bout de quelques mois, un désherbage de toutes les autres plantes qui se sont installées dans la parcelle est nécessaire. Afin de maintenir la quantité de plantes à fleurs au fil des ans, vous pouvez semer à nouveau certaines plantes, ou récupérer les plantules qui ont germé dans les parcelles voisines pour les repiquer dans la parcelle d’origine. Il est conseillé de laisser les hampes florales sèches jusqu’à l’année suivante afin que la plante se ressème elle-même. Renouveler régulièrement le paillage (qui se composte au fil du temps) vous permettra de limiter ce travail de désherbage. Dans le cas de plantes pérennes, comme les bruyères par exemple, vous pouvez procéder à une légère taille si nécessaire.

Les avantages des parcelles monoflorales

En plaçant des parcelles monoflorales dans votre terrain, vous garantissez assez de ressources, dans un même lieu, pour les abeilles spécialistes. Souvent, même si l’abeille n’est pas présente au départ, l’abondance de sa plante hôte va permettre de l’attirer. Cette mesure est bien sûr à coupler avec la favorisation des sites de nidification afin d’être certain que les abeilles trouveront bien le gîte et le couvert dans une même zone. En outre, ces massifs monofloraux sont certes favorables aux abeilles spécialisées, mais elles ne sont pas les seules à visiter les fleurs. Sur chaque plante, vous observerez tout un cortège de pollinisateurs différents !
Pour finir, les parcelles monoflorales peuvent être très esthétiques et former un patchwork de couleurs et de formes, avec leurs floraisons qui se succéderont au cours de l’année. N’hésitez pas à réaliser de petits panneaux informatifs pour indiquer quelle plante se trouve dans quelle parcelle.

Les plantes intéressantes en parcelle monoflorale

Pissenlit : il apporte une ressource en pollen, et surtout en nectar, très précieuse pour les espèces d’abeilles printanières (andrènes, …).

Lamier blanc, jaune ou Epiaires : plantes appréciées des abeilles à longue langue et certaines sont hôtes d’Anthophore fourchue (Anthophora furcata), une espèce d’anthophore spécialiste.

Primevère : elle est appréciée des abeilles à longue langue (anthophores, reines de bourdon) du début du printemps.

Campanules : elles sont la plante-hôte du Chélostome commun des campanules (Chelostoma rapunculi), une petite abeille spécialiste.

Pulmonaire : elle est appréciée des abeilles à longue langue (anthophores, reines de bourdon) du début du printemps.

Bryonia : Plante hôte de l’ Andrène de la Bryone (Andrena florea) et aussi visitée par plusieurs autres espèces d’abeilles.

Réséda : il est visité par les abeilles masquées (Hylaeus sp) et par de nombreuses autres abeilles.

Salicaire : plante hôte de la Mélitte de la Salicaire (Melitta nigricans), une abeille sauvage estivale.

Luzerne, trèfle, gesses et vesces, … : toutes les plantes de la famille des fabacées sont importantes pour les espèces de bourdons spécialisées et aussi pour certaines espèces du genre Megachile.

Callune, bruyère : toutes les bruyères sont importantes pour les espèces de bourdons spécialisées, ainsi que pour certaines petites abeilles sauvages comme la Collète des bruyères (Colletes succinctus) ou l’Andrène des Bruyères (Andrena fuscipes).

Sauge – Épiaire de Byzance : plantes hôtes de l’Anthidie à manchette (Anthidium manicatum) qui en collecte à la fois le pollen et le nectar, mais aussi les poils végétaux pour son nid.

Lavandes : très appréciée de l’ensemble des pollinisateurs pour son pic de floraison en été.

Bourrache ou Consoude : très appréciées des bourdons et autres abeilles à langue longue.

Circes, chardons, centaurées : plantes hôtes principales des mâles de bourdons et de certaines osmies (Osmie un-angle – Osmia niveata, Osmie deux-angles – Osmia leaiana, … ).

Alliacées (ex: ciboulette) : floraison précoce appréciée de nombreux pollinisateurs, et plante hôte d’une abeille masquée spécialiste (Hylée de l’Ail – Hylaeus punctulatissimus).

Cardères : appréciée des abeilles à langue longue et des papillons

Lysimaque : plante hôte de la Macropède commune (Macropis europaea) et de la Macropède pattes-brunes (Macropis fulvipes). Cette fleur ne produit pas de nectar mais une huile végétale que ces abeilles spécialisées récoltent à l’aide de leurs pattes avant.

Tanaisie : plante hôte de trois espèces d’abeilles estivales (Colletes daviesanus, Colletes fodiens, Colletes similis). Elle est aussi visitée par d’autres petites abeilles comme l’Hériade des troncs (Heriades truncorum) ou les Lasioglosses.

Anthrisque, Carotte sauvage, berces, … : Plantes hôtes de plusieurs espèces d’andrènes.

Echium : Plante hôte d’Osmia adunca mais aussi intéressante pour d’autres espèces d’abeilles, en particulier les bourdons.

Knautie, scabieuses, … : Leurs fleurs sont appréciées de nombreux pollinisateurs et il s’agit des plantes hôtes d’ Andrène de la Knautie (Andrena hattorfiana).

Papaver : Visité par plusieurs espèces de bourdons et par de petites abeilles comme Lasioglosse de l’Asperge (Lasioglossum sexnotatum).

Colza, moutarde sauvage… : plantes-hôtes de plusieurs espèces d’andrènes.

Hieracium, Hypochaeris, Leontodon et autres composites jaunes : plantes hôtes de plusieurs espèces d’abeilles comme les Lasioglossums, l’Hériades des troncs (Heriades truncorum) et quelques espèces d’osmies.

Quelques parcelles monoflorales dans un village d’abeilles. On aperçoit notamment les Lysimaques (Lysimachia
vulgaris) et les Salicaires (Lythrum salicaria) en fleur.